igname

L’igname

L’igname est une plante répandue dans les régions tropicales de tous les continents. C’est en Afrique que la production d’ignames cultivées est la plus importante : 70 % au Nigeria et 90 % si on ajoute la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin et le Togo. La production africaine a été de 28 477 000 de tonnes en 1997 dont environ 20 % commercialisés. Le Bénin a produit 1,3 millions de tonnes (données FAO). A part le cas de la Côte d’Ivoire, ce sont les formes cultivées des espèces d’ignames d’origine africaine qui sont les plus utilisées par l’agriculture africaine.

Les coûts de production empêche l’utilisation de l’amidon d’igname dans l’industrie, alimentaire ou autre : pâte à papier, alcool (de Waitt 1963).

La famille des Dioscoreaceae est très ancienne, à la limite de la séparation Monocotylédones – Dicotylédones des Angiospermes. Créé en 1753 par Linné, le genre Dioscorea, de l’ordre des Dioscoréales et de la famille Dioscoreacée, comprend de nombreuses espèces de lianes à sexes séparés (dioïques) dont beaucoup sont comestibles (90 d’après un recensement fait en 1978). Ce sont des plantes vivaces cultivée comme des espèces annuelles. 603 espèces ont été décrites par Knuth (1924) dans le genre Dioscorea réparties en 59 sections : environ 40 % en Amérique du Sud, 20 % en Afrique et 20 % en Asie. La section Enantiophyllum est la plus importante par le nombre d’espèces et par le nombre d’espèces comestibles. Beaucoup sont des synonymes : cette " pulvérisation " du genre est en grande partie due au polymorphisme des ignames. Par exemple, Miège signale 51 synonymes pour D. bulbifera (Miège 1952). La forme du tubercule est la pour la plupart des botanistes la base de la classification.

Le genre Dioscorea a été étudié par l’industrie des cortisones ; la présence de sapogénines stéroidales (dont la diosgénine) est importante surtout dans les espèces du Mexique, de l’Inde et des Philippines. Les tubercules, les feuilles et les tiges peuvent contenir des alcaloïdes du groupe des pyrroles (dont la dioscorine). Les ignames sauvages sont aussi utilisées à d’autres fins que l’alimentation : leurs lianes servent à faire des cordes, leurs stéroïdes comme insecticide et leurs alcaloïdes hydrosolubles servent de médicaments, de poisons pour la pêche, etc. Heureusement, les ignames cultivées ont des quantité négligeables de ces produits toxiques.

Parmi les 13 familles de plantes ayant des tubercules en forêt dense, ce sont les ignames qui ont les tubercules les plus intéressants  : la plupart sont comestibles. En Afrique Centrale, 15 à 17 espèces ont été recensées (Hladik et Dounias 1996). Les tubercules sont une forme de stockage d’attente. En forêt vierge, contrairement aux zones ayant une saison sèche où toute croissance est arrêtée, l’origine des formes de stockage serait liée aux différentes phases d’attente que les végétaux subissent au cours de leur développement (Hladik et al. 1984).

Les espèces du genre sont réparties sur les trois continents :

La figure suivante montre les migrations des principales espèces cultivées dans le monde ainsi que les différents non centres de domestication des ignames En Europe, la culture de plantes qui se multiplient végétativement comme la pomme de terre ou l’igname est mal perçu (ou mal accueillie) : l’utilisation de ces plantes étrangères est une preuve de dégradation morale et d’infériorité par rapport à la culture noble des céréales (Coursey 1981). Néanmoins, ces européens ont permis l’établissement de contacts entre les continents et l’échange d’espèces d’ignames.

En Nouvelle Calédonie, deux plantes dominent les systèmes agraires : l’igname et le taro. En Mélanésie, Bonnemaison (1986) a observé deux types de production d’ignames : une production vivrière correspondant à une économie de subsistance (horticulture extensive) et une production d’ignames rares et prestigieuses servant aux prestations sociales correspondant à une économie d’abondance (horticulture intensive). Les cultivateurs peuvent distinguer 60 à 80 variétés, classées méticuleusement sur les caractères du tubercule, des lianes et la présence ou l’absence de bulbilles. L’espèce dominante est D. alata ; les variétés sont classées par ordre d’intérêt. La plus importante pour ses finalités sociales (vivrière et cérémonielle) est la grande igname ; cultivée uniquement par les hommes après une jachère de 10 ans, elle nécessite beaucoup de soins (grande butte sur une fosse d’environ 50 cm, tuteurée). Le nombre de cultivar par jardin d’igname(10-15 variétés), jardin clôturé car faisant partie du domaine domestique, tend à augmenter à la faveur des relations multiples et des migrations modernes. Mais le nombre de variétés locales est stable (" patrimoine biomagique "). La production peut être estimée à 25 t/ha la première année de culture de la grande igname sur défriche (500 buttes) et à 17 t/ha la deuxième année avec les autres variétés (3300 buttes) (Bonnemaison 1987).

En Afrique, il existe trois civilisations agricoles (Miège 1952) : celle du mil-sorgho, celle du riz de l’ouest du fleuve Bandama en Côte d’Ivoire jusqu’en Casamance au Sénégal et celle de l’igname à l’est du Bandama jusqu’au Cameroun.

Génétique

Les espèces du genre Dioscorea ont les sexe mâle et femelle séparés (dioécie) (voir des fleurs de D.alata). Le génome des Dioscorea est petit : en Afrique de l’Ouest, deux génomes de taille différente existent : celui de D. togoensis de 0.93 pg (génome de base de 0.23 pg) et celui des autres espèces tétraploïdes de 1.24 pg (Zoundjihekpon 1993). La métaphase dure quelques minutes, les petits chromosomes restent agglomérés, les fleurs ne présentent pas de signes extérieurs du déroulement de la méiose : tout ceci rend difficile les études de cytogénétiques.

La plupart des espèces sont supposées tétraploïdes (auto ou tétraploïdes, 2n = 4x = 40) avec comme nombre chromosomique de base n = 10 en Afrique et n= 9 en Amérique.

L’insecte pollinisateur en Afrique est en général une espèce de thrips, Larothrips dentipes. Les graines ailées sont transportées par le vent (anémochorie). Zoundjihekpon (1993) relève la présence de deux tailles de grains de pollen chez les cultivars ivoiriens tétraploïdes (petits et moyens) : l’origine polyphylétique des cultivars pourrait l’expliquer (cultivars provenant de D. praehensilis et cultivars provenant de D. abyssinica avec des différences de taille chez ces deux espèces apparentées).

Le tubercule

Les espèces cultivées sont conservées et multipliées sous forme de boutures ou micro boutures, c’est-à-dire par multiplication végétative asexuée ou agamique. Environ 25 à 33 % de la production sont habituellement réservés pour la multiplication (coefficient de multiplication inférieur à 20 ; 38 à 45 % du coût de production) ; la taille du semenceaux est fonction de la taille du tubercule que l’on veut obtenir (Hahn et al. 1987).

Le tubercule, chez les ignames, est un "capital d’assurance vie" dont la formation évite à la plante d’exposer la plus grande partie de ses réserves aux consommateurs de feuillage durant la phase d’attente où la reproduction sexuée n’est pas encore possible. Le tubercule constitue , à la fois un mode de survie à long terme et un mode de reproduction végétative (le système de multiplication végétative par tubercule est négligeable comparé à la reproduction sexuée) ; il a pu jouer un rôle dans le processus d’hominisation qui a pu se passer à la limite ou à l’intérieur des massifs forestiers d’Amérique Centrale. C’était aussi l’aliment de base pour les premières populations humaines forestières d’Afrique (Hladik et al. 1984).

Un tubercule est soit une tige souterraine déformée par les cellules de réserve avec des bourgeons dormants, soit une partie du système racinaire qui s’élargit. La présence d’amidon caractérise les réserves. Le tubercule des ignames cultivées et apparentées proviendrait en fait de la tubérisation de l’hypocotyle, une petite région entre la tige et la racine qui contient de nombreuses cellules méristématiques (Hahn et al. 1987). Il y a formation d’un tubercule ou de plusieurs dès le stade plantule. Les tubercules des espèces pérennes seraient en revanche des racines spécialisées (Miège 1952).

Le cycle végétatif

La culture de l’igname nécessite au moins 1 000 mm de pluies étalées sur 5 à 6 mois.

Le cycle végétatif se déroule ainsi : germination du tubercule de D. praehensilis (espèce du sud) en janvier et février, en mars pour l’espèce D. abyssinica du nord (zone soudanienne). La floraison est plus précoce chez D. abyssinica, avec un mûrissement des fruits en novembre et décembre (janvier et février pour D. praehensilis).

Il existe un autre système de multiplication végétative pour D. togoensis, D. bulbifera, D. dumetorum, et D. sansibarensis  : il y a des bulbilles aériennes caduques aux nœuds des tiges.

Les variétés sont définies souvent par les caractéristiques du tubercule ou de la partie aérienne ; elles peuvent être polyclonales ou monoclonales. Par des analyses statistiques, on peut les regrouper en groupes variétaux.

Particularités des ignames

  • Les plantes femelles ont une vie végétative plus longue que les plantes mâles et produisent de plus gros tubercules. On trouve, dans la collection de l’IITA Ibadan, 650 clones mâles, 250 clones femelles et 100 qui ne fleurissent pas (Hahn et al. 1987).
  • Le tubercule est dormant (entre 10 à 15 semaines suivant les espèces) ;.les tubercules de D. rotundata qui sont issus d’espèces à longues saison sèche ont une dormance plus importante que ceux de D. cayenensis issus d’espèces de forêt ayant une petite saison sèche. Ces tubercules dormants peuvent être conservés contrairement aux racines de manioc qui doivent être consommées rapidement après sa récolte. Les variétés les plus tardives ont les tubercules les plus dormants.
  • Tolérance à la sécheresse : les tubercules sont plantés dans les buttes 2 à 4 mois avant la saison des pluies. Après germination les germes résistent bien à la sécheresse. Trois raisons à cela : le tubercule a une grande réserve d’eau qui est utilisée par le germe ; la première phase de la croissance est le développement d’un système racinaire : la liane jeune est protégée par une pruine cireuse (Hahn et al. 1987). Il est à signaler que les plantes femelles lèvent en moyenne plus tôt que les mâles (Zoundjihekpon 1993).
  • A la pointe des feuilles, se trouvent des glandes comprenant des bactéries fixatrices d’azote (Orr 1923 ; Burkill 1960) et des nectaires extra floraux.

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